La vaccination du chaton : les premières injections, leur calendrier, et ce qui change pour un chat d'intérieur
Santé À jour au 30 octobre 2026 · 17 sources citées, dont 6 lues en texte intégral
Un chaton arrive à huit semaines, parfois à trois mois, et la question tombe : combien d'injections, et quand ? Les textes de référence divergent.
Pourquoi plusieurs injections : les anticorps de la mère
Les premières défenses d'un chaton viennent de sa mère, par le colostrum, ce premier lait absorbé surtout dans les quatre heures suivant la naissance : environ 95 % ou plus des anticorps de son sang en proviennent [1]. Ces anticorps le protègent quelques semaines, puis décroissent. Chez la plupart des chatons, ils ne gênent plus le vaccin vers huit à douze semaines [1, 2].
Entre les deux s'ouvre ce que la WSAVA appelle la fenêtre de vulnérabilité : trop peu d'anticorps pour arrêter le virus, assez pour bloquer le vaccin. Sans prise de sang, nul ne sait quand elle s'ouvre ni quand elle se ferme, car chaque chaton en reçoit une quantité différente [1, 2]. Les injections répétées ne sont pas des rappels. Chacune cherche à tomber juste après la baisse [1].
Après des foyers de typhus dans des élevages vaccinés, une étude allemande a suivi 64 chatons vaccinés à 8, 12 et 16 semaines. Plus d'un sur trois (36,7 %) n'avait pas répondu au vaccin, et certains portaient encore les anticorps de leur mère à 20 semaines [3, 1].
À quel âge, et quel calendrier : ce que recommandent la WSAVA et l'ABCD
Les directives d'avril 2024 de la WSAVA, association mondiale de vétérinaires, recommandent de commencer contre le typhus, l'herpèsvirus et le calicivirus entre la sixième et la huitième semaine, puis de répéter l'injection tous les quinze jours à un mois, jusqu'à seize semaines au moins. Une dernière, vers six mois, rattrape les chatons qui n'avaient pas répondu [1].
L'ABCD, groupe européen de spécialistes des maladies félines, financé par des laboratoires comme il le déclare, publie un texte par maladie. Ceux sur le typhus (2022) et sur le calicivirus (mars 2025) demandent trois injections, la troisième à seize semaines, puis un rappel entre dix et seize mois [2, 4]. International Cat Care, qui abrite la société vétérinaire ISFM, juge courante une troisième injection vers seize à vingt semaines, et place le premier rappel douze mois plus tard [5].
Deux injections ou trois ?
Deux pratiques coexistent en France. Les résumés officiels de vaccins typhus-coryza, consultables dans l'Index de l'Anses, prévoient le plus souvent deux injections, vers huit ou neuf semaines puis vers douze [6, 7, 2]. L'un admet une troisième à partir de quinze semaines si l'on soupçonne des anticorps maternels [7].
L'ABCD reconnaît ce schéma, inscrit dans beaucoup de notices, mais prolonge avec la WSAVA la série jusqu'à seize semaines au moins, soit souvent trois injections [2, 1].
Le nombre dépend de l'âge d'arrivée du chaton et de son risque, plus grand en élevage ou en refuge [1, 2]. C'est le vétérinaire qui fixe le calendrier de votre chaton. Les vaccins que votre clinique note dans votre carnet, il vous les rappelle.
Mon chaton a deux mois, trois mois
À deux mois, un chaton a l'âge que la plupart des calendriers retiennent pour la première injection [1, 2, 5, 6]. Vers trois mois, il en est à la deuxième, dernière ou non selon l'école suivie [6, 7, 1, 2]. Tant qu'il n'est pas protégé, l'ABCD conseille de le tenir à l'écart des autres chats [2]. Pour un chaton adopté après seize semaines, la WSAVA recommande en général deux injections [1].
Contre quelles maladies, et dans quelle combinaison
Typhus, herpèsvirus et calicivirus forment le socle, essentiel chez tous les chats pour la WSAVA et International Cat Care [1, 5]. Le typhus, une gastro-entérite souvent mortelle [5, 2], a sa propre fiche, le typhus du chat. Herpèsvirus et calicivirus causent l'essentiel du coryza, et leur vaccin protège de la maladie plus que de l'infection, comme l'explique la fiche sur le coryza [5, 4, 1].
D'autres s'ajoutent selon le mode de vie. La WSAVA réserve le vaccin contre la chlamydiose aux foyers de plusieurs chats où elle a été confirmée [1]. Celui contre la rage ne s'envisage, dans un pays indemne, qu'en vue d'un voyage [8, 9].
« Faire que deux », « faire les trois » : ce que contient l'injection
Ce qu'on appelle le typhus-coryza vise trois virus : celui du typhus, l'herpèsvirus et le calicivirus [1, 6]. L'Index de l'Anses compte aussi des vaccins à deux valences, herpèsvirus et calicivirus sans le typhus, que l'ABCD dit présents dans certains pays seulement [10, 4]. D'autres associent aux trois virus la leucose, la chlamydiose ou la rage, cinq valences au total combinées selon l'âge et le mode de vie [11]. Les expressions « faire que deux » ou « faire les trois » renvoient à ces combinaisons. C'est au vétérinaire de choisir la sienne selon la vie du chaton : appartement, sorties ou collectivité.
Le vaccin contre la leucose, celui qui fait débat
Le virus de la leucose se transmet surtout par la salive entre chats et, chez une mère infectée, souvent à ses petits [12]. Depuis 2024, la WSAVA range son vaccin parmi les essentiels avant un an, et pour les adultes qui ont accès à l'extérieur, dans les régions où la leucose est répandue [1].
L'ABCD le classe « non essentiel ». Elle le recommande aux chats exposés, le conseille à tous les chatons de moins d'un an là où la maladie est fréquente, et demande d'éviter une vaccination inutile, par exemple chez un chat qui vit uniquement à l'intérieur [12].
Avant ce vaccin, la WSAVA exige un test leucose. L'ABCD le conseille aussi, sauf quand une infection est très improbable, car un chat déjà infecté ne tire rien du vaccin [1, 12]. La série du chaton compte deux injections dès huit semaines, puis un rappel un an plus tard, pour une immunité d'au moins un an et sans doute bien plus selon l'ABCD [1, 12]. Aucun de ces vaccins n'empêche toute infection : ils protègent surtout de la forme progressive, celle qui rend le plus souvent malade [12, 1].
Vers 1990, les États-Unis relient une hausse des tumeurs aux points d'injection aux vaccins contre la rage et la leucose, alors nouveaux et avec adjuvant [13, 1]. D'autres injections ont ensuite été mises en cause, d'où le nom de sarcome au site d'injection, et le rôle des adjuvants divise encore les experts [13, 1]. Depuis 1999, les recommandations nord-américaines écartent l'espace entre les omoplates [13, 1].
Là où ce sarcome est connu, la WSAVA privilégie les vaccins sans adjuvant, tout en préférant de loin un vaccin adjuvanté à l'absence de vaccin [1]. Les chiffres de fréquence sont dans notre fiche sur les vaccins du chat. Pour un chaton, le choix se fait avec le vétérinaire, d'après la vie qu'il mènera.
Un chaton qui ne sortira jamais
Les vaccins de base valent aussi pour lui : le virus du typhus est si résistant que l'ABCD range les semelles parmi les objets qui le font entrer [2]. La leucose, elle, divise : l'ABCD juge son vaccin inutile chez un chat qui vit uniquement à l'intérieur, quand la WSAVA le tient pour essentiel avant un an là où la maladie est répandue, sorties ou pas, puis chez l'adulte qui vit avec des chats qui sortent [12, 1]. Adulte, ce chat pourra recevoir des rappels plus espacés [1, 5].
Obligatoire ? En métropole, seulement pour passer une frontière
En France métropolitaine, un chaton qui ne voyage pas n'a aucune vaccination obligatoire. Le code rural ne rend la vaccination antirabique obligatoire que pour un département officiellement déclaré infecté [14], et la France remplit les conditions d'un pays indemne, selon l'Anses [15]. La Guyane fait exception : depuis un arrêté de septembre 2008, encore en vigueur, chats et chiens doivent y être vaccinés contre la rage, qu'ils y vivent ou y soient introduits [16].
Hors des frontières, il faut une puce, puis le vaccin contre la rage, permis à partir de douze semaines et valable vingt et un jours après [9, 8]. Un chaton vacciné à douze semaines ne part donc pas avant quinze environ, sauf dérogation propre à certains pays [9]. Le reste est dans notre guide du passeport européen.
Le prix, et ce qui le fait varier
Chaque clinique fixe ses honoraires, que le code de déontologie veut « déterminés avec tact et mesure », et doit fournir un prix, une méthode de calcul ou un devis à qui le demande [17]. La facture suit le nombre d'injections, lié à l'âge du début et aux intervalles, puis la combinaison et un éventuel test leucose [1, 12]. Les aides sous conditions de ressources sont présentées dans la fiche sur les vaccins du chat.
Les effets secondaires
Les plus courants sont bénins et passent en quelques jours : gonflement à l'endroit piqué, abattement, moins d'appétit, parfois de la fièvre [6, 5]. Une grosseur qui dure plus de deux ou trois semaines, ou qui grossit, se montre au vétérinaire [5].
Les réactions graves sont rares. De 2014 à 2018, l'agence française du médicament vétérinaire en a reçu des déclarations pour un chat vacciné sur 48 000 environ, dont 46,4 % de moins d'un an parmi ceux d'âge connu [11]. Les auteurs de ce bilan rappellent qu'un effet indésirable sur neuf seulement serait déclaré, et que les jeunes chats reçoivent davantage d'injections [11].
Ce qui a changé, et quand
Chaque publication récente, résumée et datée : la veille
- 2016. Une injection vers 26 semaines remplace, dans les directives de la WSAVA, le premier rappel à un an [1].
- Avril 2024. La WSAVA révise ses directives : une partie consacrée aux anticorps maternels, la leucose rangée parmi les vaccins essentiels avant un an là où elle circule, la série du chaton toujours close à seize semaines ou plus [1].
- Mars 2025. Dans son texte sur le calicivirus, l'ABCD réclame pour chaque chaton une troisième injection, à seize semaines, les anticorps maternels pouvant persister au-delà de douze [4].
À retenir
- Le vaccin ne prend pas tant que les anticorps de la mère restent assez nombreux, et seule une prise de sang dirait quand ils baissent : d'où plusieurs injections.
- Deux injections, vers huit ou neuf puis douze semaines, dans la plupart des notices françaises ; souvent trois, jusqu'à seize semaines, selon la WSAVA et l'ABCD. Le calendrier de votre chaton, son vétérinaire le fixe.
- Le « typhus-coryza » vise trois virus, utiles à tous les chatons, y compris en appartement. Des vaccins à deux valences existent, d'autres ajoutent leucose, chlamydiose ou rage.
- La leucose fait débat : essentiel avant un an là où elle circule pour la WSAVA, réservé aux chats exposés pour l'ABCD, en général précédé d'un test.
- Pas de vaccin obligatoire en métropole pour un chaton qui ne voyage pas. La Guyane exige la rage, tout comme un voyage, pour lequel ce vaccin se fait à partir de douze semaines.