Le vermifuge du chat : contre quels vers, à quel rythme selon les consensus, et de quoi ça dépend
Santé À jour au 30 octobre 2026 · 17 sources citées, dont 6 lues en texte intégral
Un ver blanc vomi sur le carrelage, ou des grains de riz séchés sur le coussin. La question est la même : contre quoi protège-t-on un chat, et tous les combien ? Voici ce qu'en disent l'ESCCAP, les études françaises et les autorités sanitaires. Le rythme de votre chat se décide avec votre vétérinaire.
Quels vers chez le chat, en France
L'ascaris du chat, Toxocara cati, est un ver rond de l'intestin grêle, long de dix centimètres au plus. C'est de loin le plus trouvé dans les selles des chats français : 11,3 % de 425 chats de propriétaires dans une enquête nationale sur vingt sites, menée en 2017-2018 et publiée en 2022, et 9,4 % de 498 chats autour de Toulouse en 2015-2017 [1, 2, 3].
Les ténias sont des vers plats. Deux espèces dominent : Hydatigera taeniaeformis, attrapé en mangeant un rongeur, et Dipylidium caninum, dont la larve passe par la puce [1, 4]. Les analyses de selles les voient mal, et les chiffres français, sous les 3 %, sont sans doute sous-estimés [2, 1].
Deux vers vivent hors de l'intestin. Le ver pulmonaire du chat, pris en avalant une limace, un escargot ou une proie qui en a mangé, touchait environ 1 % des chats français prélevés [1, 2, 3]. Le ver du cœur, transmis par les moustiques dans le sud de l'Europe, a été rapporté chez des chats en France, où il passe le plus souvent inaperçu jusqu'à une mort subite possible [1, 5]. Giardia, souvent cité à côté des vers, est un parasite d'une seule cellule, traité dans un autre article.
Comment un chat les attrape
Les rongeurs transportent les larves d'ascaris et du ténia du chasseur, les oiseaux celles du ver pulmonaire [1, 4]. Un chat qui se toilette avale des puces, et dans une étude européenne de 2014, une puce de chat sur quarante-cinq environ portait la larve de Dipylidium [6, 1]. La chatte transmet les larves de Toxocara cati à ses chatons en les allaitant, jamais avant la naissance [1, 7, 8]. Les œufs d'ascaris deviennent infestants après quelques semaines au sol et y survivent des années [1, 7].
Vivre en appartement expose moins, sans mettre à zéro : les recommandations citent la viande crue et les chaussures qui rentrent de dehors [1, 8, 2]. Un chat adulte parasité va le plus souvent très bien, écrit l'ESCCAP, et seule une analyse de selles dit s'il excrète des œufs [1, 7, 4].
Le risque pour les humains, et surtout les enfants
La toxocarose est la maladie que les ascaris du chien et du chat donnent à l'humain, par des œufs devenus infestants dans la terre, le sable ou sur des mains sales [9, 8, 10]. L'Anses note que des œufs mûrs se trouvent aussi sur les poils des chats et des chiens, donc le contact avec l'animal compte [8]. Les larves migrent sans devenir adultes : forme viscérale surtout chez l'enfant de deux à sept ans, forme oculaire plus rare qui peut coûter la vue, et le plus souvent rien du tout [9, 8].
Une méta-analyse citée par l'Anses situe à 6,2 % la part des Européens porteurs d'anticorps, et l'Académie nationale de médecine jugeait en 2007 la maladie sous-estimée en France [8, 11]. Le chat pèse moins que le chien dans cette transmission, et davantage s'il chasse [9, 11]. Ramasser les selles, laver les mains après avoir touché l'animal, vermifuger ou faire analyser les animaux : ces gestes reviennent d'une autorité à l'autre, et l'ESCCAP ajoute de couvrir les bacs à sable [1, 10, 9].
À quel rythme vermifuger : ce que dit l'ESCCAP
L'ESCCAP (European Scientific Counsel Companion Animal Parasites) est un groupe d'experts européens financé par des laboratoires vétérinaires, du médicament et du diagnostic, ce qu'il déclare [12]. Son guide 1, septième édition de juin 2025, classe les chats en deux groupes, que la thèse de Toulouse de 2023 reprend dans leur version de 2021 [1, 12, 13].
Groupe A, le chat d'intérieur ou de jardin clos, sans rongeurs à portée : une à deux fois par an un traitement contre les vers ronds digestifs, ou une analyse de selles [1, 13]. Groupe B, le chat qui sort librement et peut chasser : quatre à douze traitements par an contre vers ronds et ténias, ou autant d'analyses de selles [1]. Risque impossible à évaluer : au moins quatre par an, plancher que donne aussi la fiche Toxocara de l'ESCCAP pour un chat qui sort [1, 7, 13].
Le guide envisage un rythme mensuel dans des situations précises : chasse ou viande crue, chatterie, foyer avec un enfant de moins de cinq ou six ans, une personne âgée ou immunodéprimée, zone du ver du cœur ou du ver pulmonaire [1, 7, 13]. Il demande que la vermifugation suive toujours l'avis d'un vétérinaire et rappelle que, sans analyse de selles, la situation d'un chat ne peut qu'être estimée [1, 10]. C'est le vétérinaire qui situe votre chat.
Le chaton
Pour le chaton, l'ESCCAP (guide 1, 2025) recommande un premier traitement à trois semaines, répété toutes les deux semaines jusqu'à deux semaines après le sevrage, puis chaque mois jusqu'à six mois si le risque reste élevé. La mère est traitée avec la portée, car elle excrète souvent des œufs à ce moment-là [1, 7]. Produit, dose, âge et poids minimaux varient d'un médicament à l'autre et relèvent du vétérinaire [13].
Pipette, comprimé, pâte : quelle forme couvre quoi
En France, les vermifuges du chat existent en comprimés, en pâte ou sirop, et en pipettes déposées sur la peau de la nuque [13, 4]. La liste des vers couverts est écrite dans le résumé des caractéristiques de chaque médicament, public dans l'Index des médicaments vétérinaires de l'Anses [14, 13].
D'après la thèse de Toulouse, certaines pipettes ne visent que les vers ronds, d'autres couvrent aussi les ténias, comme plusieurs comprimés [13]. Les produits d'animalerie ne sont pas toujours adaptés au chat, et le choix se fait avec le vétérinaire [4, 13]. Le traitement que vous déclarez, votre carnet vous le rappelle.
Les « vermifuges naturels »
Graines de courge, terre de diatomée, plantes : la question revient souvent. Une synthèse publiée en 2019 dans Veterinary Evidence n'a trouvé aucune étude montrant que l'ail prévient ou élimine une infestation chez le chien ou le chat [15]. La thèse de Toulouse de 2023 conclut que l'efficacité de ces produits n'a jamais été démontrée [13]. On ne peut donc pas compter dessus.
L'analyse de selles, l'autre voie
Un examen régulier des selles, suivi d'un traitement seulement s'il est positif, peut remplacer la vermifugation systématique, écrit l'ESCCAP (guide 1, 2025), à condition d'être fait à la même fréquence que les traitements suggérés [1, 7, 13]. Un résultat négatif n'exclut rien, et plusieurs selles valent mieux qu'une [1, 16]. Une revue internationale de 2021 conseille des contrôles après traitement et le moins de traitements nécessaires [17].
Ce qui a changé, et quand
Chaque publication récente, résumée et datée : la veille
- Février 2020. Sixième édition du guide ESCCAP 1 : des schémas de vermifugation individuelle par groupe de risque [12, 13].
- 2021. Aucune résistance décrite chez les vers du chat, selon une revue internationale, à la différence de l'ankylostome du chien en Australie et aux États-Unis [17, 13].
- 2022. Une enquête nationale sur vingt sites, la première depuis celle de 1997 : 11,3 % des chats de propriétaires excrètent des œufs de Toxocara cati [2].
- Juin 2025. Septième édition du guide ESCCAP, traduite en janvier 2026 : nouveaux schémas de vermifugation. Pratiquement aucun cas avéré de résistance chez les vers ronds en Europe, selon le guide, et une résistance apparente au praziquantel d'un Dipylidium chez un chien importé d'Espagne en Suisse [1, 12].
À retenir
- En France, l'ascaris Toxocara cati est le ver le plus fréquent du chat, trouvé chez environ un chat de propriétaire sur dix. Les ténias viennent ensuite, dont celui que transmet la puce. L'adulte parasité ne montre le plus souvent rien.
- L'ESCCAP (guide 1, juin 2025) propose une à deux vermifugations ou analyses de selles par an pour le chat d'intérieur, quatre à douze pour le chat qui sort et chasse, au moins quatre quand le risque est inconnu. Le vétérinaire situe votre chat.
- Pour le chaton, l'ESCCAP (guide 1, 2025) fait commencer les traitements à trois semaines, la mère étant traitée en même temps. Le vétérinaire fixe le calendrier.
- Pipette, comprimé ou pâte : ce qui compte est la liste des vers couverts, lue dans le résumé des caractéristiques du médicament.
- Aucun « vermifuge naturel » n'a d'efficacité démontrée. L'analyse de selles régulière est, elle, une alternative décrite par l'ESCCAP.
- Les ascaris passent à l'humain surtout par les œufs mûris dans le sol, et le pelage peut en porter : mains lavées après avoir touché l'animal, selles ramassées.